Samedi 04 juillet nous fûmes sept, trois membres de Création et Poésie et quatre personnes extérieures à l’association à nous retrouver pour une après-midi amicale autour des mots. Partis de La Caverne, rue Montorge, nous avons déambulé une heure dans le centre ville à la quête de mots.
Au fil de la balade, Serge avait prévu quelques arrêts. Pour chacun d’eux, sur le carnet de route qu’il nous avait préparé, il nous offrait un mot. Nous devions en ajouter quatre autres issus de nos regards, nos impressions ou nos sensations. Puis, l’âme légère et le sourire aux lèvres nous sommes revenus à la librairie café La Caverne afin d’immerger les fruits de notre collecte à des textes écrits dans la limite de consignes plus souples que strictes proposées par notre animateur.
1 – Jardin de ville

A l’ombre sous un arbre du jardin de ville, nous avons observé le ballet des bulles dans l’air caniculaire.
De retour à La Caverne, la consigne fut d’écrire un texte poétique ou pas contenant nos cinq mots collectés.
Grenoble et ses bulles
Quel envol devant le fort de Vauban
Le souffle de ces bulles
Qui montent directement à la Bastille
On peut le paysage à 360 degrés
Car la lumière entre naturellement
Marie Odile Neau
Jardin de ville
Dans la lumière de début d’après-midi, les bulles aux accents colorés prennent leur envol sur les flans pentus de la Bastille. Légères et arrimées, elles parviennent en douceur à leur quai d’arrivée.
Annick Demongeot
Darde soleil
hâle l’envol
hémisphérique
d’un astre
scintillant
qui cligne
à l’essor
d’un homme oiseau
allié
aux étendards
vantards
qui s’agitent
là-haut
tout là-haut
Serge Campagna
Le téléphérique de la Bastille
Retrouver Boulogne
Si j’enlève le vert, si j’y mets du bleu,
Je vois la falaise.
La falaise qui surplombe le port de Boulogne.
Une trinité de cordes pour prendre son
Envol
Monter dans une bulle
Parvenir à la cime
Où une forteresse attend
Solide comme les blockhaus
Du Nord
De là, j’en suis sûre,
Je verrai la mer.
Florine Chatillon
2 – Place Saint André
Là, il convenait de noter cinq mots sur la statue de Bayard puis cinq autres s’attachant à la façade de l’ancien parlement du Dauphiné.

La consigne d’écriture fut de choisir d’écrire un texte sur l’un ou l’autre des éléments de la place en insérant dans celui-ci les mots concernant la statue si l’on avait choisi le parlement et ceux du parlement si l’on avait choisi la statue.

Bayard
Dominant les pavés de la place
est-ce une ogive visant la rivière
une tentative de renaissance
un peu ridicule votre statue chevalier !
Martine Cribier
Place Saint André
Au coeur du parlement, le chevalier affûte sa lame témoin de son courage. On lui érigea une statue et, tel un héros grec, il revêtira une toge.
Annick Demongeot
Bayard
Devant la façade de l’ancien Parlement
Qui fut un Tribunal également en Dauphiné
Bayard regarde ces colonnes et tout cet ornement typique
De cette époque sur cette place Saint André
Sans oublier ce toit en ardoises
Marie Odile Neau
Le voilà donc
le preux Ponson
le Pierrot qui terrasse
et qui tiraille
Le voilà donc
volutes à la barbichette
dentelles à la cuirasse
hauts de chausses
empreints d’ardoise
teint pâle cuivré
après une halte
longue très longue
à la Table Ronde
Serge Campagna
Parlement
Est-ce reproche au temps
cette façade
Le ridicule y chercherait une proie
que nenni, aucune trace, aucune erreur
juste une foi de bâtisseur
Martine Cribier
3 – Place Bérulle
Il convenait ici de s’attacher aux marques de cordages incrustées dans la pierre ou à l’ambiance de la place.

La consigne fut d’utiliser les mots choisis lors de l’arrêt à la cathédrale Notre-Dame dans son texte traitant de la place Bérulle.
Place Bérulle
Le grain de la façade, marque des temps lointains : on aimerait rêver à des rosaces, des volutes, des plis, des ogives. On imagine le clapotis de l’eau.
Annick Demongeot
Place Bérulle
Tas de chaises voyagent sur tête
devant le quai
le pilastre central
scarifié d’une coquille
soutient le porche
élève le regard
vers le vitrail
où le grain s’accumule
aux pieds du souverain
indifférent aux passants
Martine Cribier
L’âme vague
le grain de la pierre
émiette
ses regrets de ressac
à l’usure
du temps qui passe
et hâle ses cordages
les agrippant
la main dans le sac
Serge Campagna
Place Bérulle
De quelques stigmates de l’ancien port avec ses bancs publics,
On est surpris place Notre Dame de voir la coquille Saint Jacques à l’entrée
Quel grain, quel lien face à cette fontaine sans eau?
Marie Odile Neau
4 – Rue Barnave

Ici, la collecte de mots s’attacha au lion ailé situé sur un porche et sur les ferronneries d’art des fenêtres.

Pour écrire son texte sur le lion ailé, il fut demandé d’utiliser les mots choisis par son voisin ou sa voisine de gauche sur ce thème.
Rue Barnave
Quelle place à Venise ce lion ailé pourrait il avoir?
Désolée; Royal, avec élégance il tient sa place
Quel enlacement cette rue Barnave
Les ferronneries des balcons sont au cœur et forment une frontière transparente toute en courbes.
Marie Odile Neau
S’inventant une identité venue de Venise, un financier compère des Médicis fit toute une histoire de son patronyme, le grava sur son porche d’un air grave de griffon se prenant pour un ange.
Serge Campagna
Lion esseulé
Mondes hybrides
par quel hasard
de Venise venue
cette créature
ici installée
se désole voisine avec aucun eau
ni lagune ni rivière
sans protecteur sans racine
le temps l’use imperceptiblement
lui reste le rêve inaltérable
l’espoir d’un orient
désiré par les marins
attend vainement
le retour de Marco
avec ses récits sur
le devisement du monde
Martine Cribier
Qui penserait voir à Venise
un lion enfui
de la montagne
un lion
doux comme un mouton
un lion
doux comme un cochon
qui ne donnera pas de jambon
Annick Demongeot
Pour son texte sur les ferronneries, il convenait d’utiliser les mots de sa voisine ou son voisin de droite.
Ferroneries
affichent leur fierté
refusent toute usure
stigmates égarées
de la visite à Venise
d’un montagnard
découvrant les vagues
les habitants occupent
s’accoudent disparaissent
les vagues du temps battent
le jour sous leurs fenêtres
l’espace s’érode autour d’elles
Martine Cribier
Me voilà partie pour un pélérinage vers l’enfance : il y a tout le sable de la
pierre d’assise, les ballustres ornées d’un coquillage. Ne manquent que les caravanes qui passaient devant
ce perron les jours de grands départs.
Annick Demongeot
Partout dans la vieille ville la délicatesse somnole aux balcons.
Des songes de métal suivent sans hâte les courbes
de souvenirs où les broderies des dentellières
sombrent sur les os sombres et profonds
d’entrelacs amples et squelettiques.
Serge Campagna
Deux autres arrêts ont eu lieu devant la cathédrale Notre-Dame où apparaît une coquille saint-Jacques anachronique hors de tout chemin de Compostelle et devant la porte à palindrome de la rue Jean Jacques Rousseau.
Malheureusement, nous avons dû libérer la salle de La Caverne avant d’avoir eu le temps d’écrire nos textes qui, vous en conviendrez, auraient été d’une beauté incommensurable !


Un prochain atelier d’écriture se déroulera sous une autre forme le 19 septembre prochain dans le parc Michallon de Grenoble et ses oeuvres d’art écloses sous les arbres.
Peut-être serez-vous des nôtres ?

Quelle jolie balade poétique… Bravo à tous.